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Le football européen parle américain.

Une finale du Mondial avec Madonna, BTS et les Muppets à la mi-temps. Un bookmaker qui accepte de perdre 50 M$ pour recruter un joueur. Et une ligue de basket qui vend ses franchises un milliard avant même son premier match. Cette semaine, le sport en Europe se met à parler avec un accent américain. Et personne ne semble décidé à y résister.

Kopa
4 min ⋅ 03/07/2026
Cette semaine dans Kopa : Madonna à la mi-temps du Mondial. DraftKings perd 50 M$ pour vous recruter. NBA Europe déjà valorisée en milliards.
Kopa
L'économie du jeu.
N°72VENDREDI 3 JUILLET 20267 MIN

Le football européen parle américain.

Une finale du Mondial avec Madonna, BTS et les Muppets à la mi-temps. Un bookmaker qui accepte de perdre 50 M$ pour recruter un joueur. Et une ligue de basket qui vend ses franchises un milliard avant même son premier match. Cette semaine, le sport en Europe se met à parler avec un accent américain. Et personne ne semble décidé à y résister.

AU SOMMAIRE
01
L'IMAGE
Lacoste × Djokovic : The GOAT of every court.
02
STORY 01
Le football européen devient un sport américain.
03
LE CHIFFRE
1 milliard de dollars pour une franchise NBA Europe.
04
STORY 02
La maison a perdu 50 M$ sur le Mondial. Et c'était prévu.

L'image de la semaine

Campagne Lacoste × Djokovic pour Wimbledon : The GOAT of every court

Lacoste transforme Djokovic en chèvre. Sérieusement.

Pour le début de Wimbledon, Lacoste dévoile une campagne jouant sur l'acronyme GOAT (« Greatest Of All Time »), qui signifie aussi « chèvre » en anglais. Dans le film, Djokovic pratique le yoga avant d'être rejoint par un troupeau de chèvres, le tout conclu par le slogan « The GOAT of every court ».

Tourné à Londres, où le Serbe prépare un 8e titre à Wimbledon (25e Grand Chelem), le spot prolonge un clin d'œil amorcé l'été dernier : à l'US Open, Lacoste avait déjà remplacé son crocodile par une chèvre verte.

En misant sur l'autodérision plutôt que sur le palmarès, la marque capitalise sur un terme devenu incontournable dans la culture sportive. La collection et le film sont ici →

KOPA APPROVED

Story 01

Le football européen sous influence américaine, du show à la mi-temps aux investisseurs
117 clubs européens détenus par des investisseurs américains. Plus de la moitié de la Premier League. Une classe d'actifs déguisée en tradition sportive. — Kopa Club

Le football européen est en train de devenir un sport américain.

Le 19 juillet, la finale de la Coupe du monde proposera un concert à la mi-temps avec Madonna, Shakira, BTS, les Muppets et même les personnages de Sesame Street. Oui, on parle bien de football. Au point que la FIFA envisage d'allonger la mi-temps pour faire rentrer tout le spectacle.

On pourrait croire à une simple fantaisie marketing. En réalité, c'est le symptôme d'un changement beaucoup plus profond : le football européen est en train d'être remodelé selon les codes du sport américain. Et ce n'est pas seulement une question de show.

Aujourd'hui, 117 clubs européens sont détenus par des investisseurs américains, dont plus de la moitié de la Premier League. Il y a vingt ans, acheter un club européen était une curiosité. Aujourd'hui, c'est devenu une classe d'actifs. Ryan Reynolds à Wrexham, Tom Brady à Birmingham, Snoop Dogg à Swansea… Hollywood est presque devenu une division de l'EFL Championship.

L'ACCENT AMÉRICAIN
Le football européen parle toujours avec un accent anglais, espagnol ou italien. Son business, lui, parle de plus en plus américain.

Pourquoi un tel engouement ? Parce que, vu de New York, le football européen ressemble à une bonne affaire. Une franchise NBA s'échange aujourd'hui autour de 14 fois son chiffre d'affaires. Les plus grands clubs européens ? Environ 4 fois leurs revenus. Pour un investisseur américain, le raisonnement est simple : acheter une marque mondiale avec une décote de 70 %, ça mérite au moins un coup d'œil.

Et ces investisseurs n'achètent pas seulement des clubs. Ils importent une philosophie. Plus de loges VIP, des stades capables d'accueillir concerts et événements, des pauses de jeu transformées en espaces publicitaires, des billets plus chers et davantage de revenus par spectateur. Même les nouvelles pauses hydratation de la Coupe du monde deviennent des opportunités de vendre quelques écrans de publicité supplémentaires. Le supporter européen appelle ça une perte d'identité. Un investisseur appelle ça de l'optimisation.

Le plus ironique, c'est que cette révolution n'a pas vraiment réglé le principal problème du football : il continue de perdre de l'argent. Les clubs européens ont enregistré plus d'un milliard d'euros de pertes l'an dernier malgré 30 milliards d'euros de revenus, un record historique. En Premier League, 14 clubs sur 20 étaient déficitaires avant impôts. Et parmi les cinq clubs qui perdent le plus d'argent en Europe, quatre sont détenus, totalement ou en partie, par des investisseurs américains.

Au fond, ce qui se joue dépasse largement le football. Deux visions du sport s'affrontent. En Europe, un club est souvent considéré comme un patrimoine local, presque un bien culturel. Aux États-Unis, c'est avant tout une entreprise qu'il faut faire grandir. Aucune des deux approches n'est forcément meilleure que l'autre. Mais la tendance est claire.

Le football européen parle toujours avec un accent anglais, espagnol ou italien. Son business, lui, parle de plus en plus américain.

— Par Henri

Le chiffre de la semaine

1 Md$
C'est le prix que certains fonds sont prêts à payer pour une franchise d'une ligue qui n'existe pas encore.

Cette semaine, les enchères de NBA Europe se sont refermées. Pour chacune des douze villes visées, les offres dépassent 500 millions de dollars. Plusieurs franchissent le milliard. Plus de 120 investisseurs se sont battus pour un actif qui n'a, à ce jour, jamais organisé le moindre match.

Aucun panier planté, aucun ballon rebondi, et déjà des milliards sur la table. La rareté se paie aussi chère ?

Une dizaine de sièges permanents dans une ligue fermée à l'américaine, où une franchise ne perd jamais de valeur, elle en prend. La NBA n'a pas encore disputé un match en Europe, mais le prix d'entrée est déjà fixé.

Story 02

Kylian Mbappé, l'une des stars qui ont fait perdre 50 M$ à DraftKings sur le Mondial
Messi, Haaland et Mbappé ont marqué un doublé le même jour. Un scénario coté à 1 %. Résultat : DraftKings perd 50 M$ sur trois semaines de Mondial. — Kopa Club

La maison a perdu. Et c'était prévu.

On répète souvent qu'au casino, la maison gagne toujours. Ce mois-ci, elle a pris une gifle. DraftKings, l'un des plus gros bookmakers en ligne au monde, aurait perdu jusqu'à 50 millions de dollars sur la seule phase de groupes du Mondial, selon Bank of America.

50 millions. En trois semaines.

De quoi faire sourire n'importe quel parieur persuadé d'avoir enfin battu le système. Sauf que le système adore ça. Comment un bookmaker, qui construit ses cotes avec des armées de data analysts et une marge intégrée dans chaque pari, peut-il perdre autant ? Réponse simple : parce que les favoris ont gagné. Et pour un book, c'est rarement une bonne nouvelle.

Un bookmaker vit du chaos. Il gagne quand le petit renverse le grand, quand le favori trébuche, quand le scénario déraille. Là, tout s'est passé comme prévu. La semaine dernière, Lionel Messi, Erling Haaland et Kylian Mbappé ont tous planté un doublé. Le combiné « les trois marquent au moins deux fois », coté comme un événement à 1 %, est tombé. Pour les parieurs : euphorie. Pour la maison : migraine.

Et le problème est structurel. Le parieur moyen ne cherche pas la cote obscure du Honduras. Il mise sur son pays, sur les stars, sur les scénarios les plus évidents. Donc quand l'Angleterre gagne, quand Mbappé marque, quand les États-Unis passent les groupes… tout le monde encaisse. Et quand tout le monde encaisse, le bookmaker sort le chéquier.

LE COÛT D'ACQUISITION
Le foot est la vitrine. Le tiroir-caisse est derrière. La maison n'a pas perdu 50 M$. Elle a juste payé pour vous recruter.

Mais c'est là que l'histoire devient intéressante. Parce que ces « pertes » ne sont pas vraiment des pertes. Ce sont des coûts d'acquisition. Le patron de DraftKings l'a dit sans détour : le Mondial est « un point focal majeur pour acquérir de nouveaux clients. » Traduction : on accepte de perdre sur le foot pour gagner sur tout le reste.

Le vrai business n'est pas le but de Mbappé à la 84e. Le vrai business, c'est le casino en ligne, les roulettes, le blackjack, les slots. Des produits beaucoup plus addictifs. Beaucoup plus margés. Beaucoup plus rentables. Le foot est la vitrine. Le tiroir-caisse est derrière.

Et le timing n'est pas innocent. Une nouvelle menace monte (dont Henri nous avait parlé) : Polymarket, Kalshi… les marchés prédictifs avancent sur le territoire des bookmakers traditionnels. Résultat : tout le monde brûle du cash pour capter le même client au même moment. Le Mondial est un champ de bataille.

On l'avait déjà vu en 2022. Quand l'Argentine de Messi bat la France en finale, Flutter Entertainment perd gros. Réaction du patron ? Aucune panique. Parce qu'un parieur heureux revient. C'est tout le génie du modèle.

Le joueur pense jouer match après match. La maison y voit une carrière. Vous pouvez lui prendre 50 millions en un mois. Sur une vie entière de paris, elle récupérera beaucoup plus.

La maison n'a pas perdu. Elle a juste payé pour vous recruter.

— Par Hugo

Le carnet d'emplois

Une sélection de postes dans le sport business à pourvoir cette semaine. Pour candidater, contactez l'entreprise via le lien indiqué.

🏔️ CDI
Compagnie des Alpes
⚽ CDI
LFP
⚽ CDI
Paris FC
🎾 CDI
Mouratoglou Tennis Center
🎥 CDI
Ultimate Tennis Showdown
⚽ CDI
RC Strasbourg
⚽ CDI
Nike Football
⚽ CDI
Salomon
🏀 CDI
Paris Basketball
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Fin de l'épisode 72
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